La cicendie fluette

De temps en temps, le professeur Jasmin n’y tient plus : il doit présenter à tous une espèce de la zad que généralement nous ignorons allègrement. Son nom peut être poétique ou scabreux, son aspect banal ou majestueux, peu lui importe ; pour lui, elle recèle toujours une histoire, qu’il nous conte au gré de ses balades.

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La cicendie fluette (Cicendia filiformis) est en fleur en ce moment. Elle n’est pas sur la liste des plantes protégées, comme sa cousine la cicendie naine. Elle est pourtant rare. Elle fait partie de la famille des gentianes, famille aux belles fleurs colorées de bleu, jaune, mauve, rose ou rouge et dont aucune espèce n’est réellement abondante, surtout en plaine. On pouvait la voir les années passées (je ne suis pas allé la voir cette année) au bord d’une des mares proches de la Châteigne, théâtre d’une des dernières charges de gendarmerie d’une bêtise tragique et criminelle.

Elle demande un sol pauvre, humide et acide avec des zones sans végétation, même pas avec des mousses (ou « bryophytes », pour faire chic). En effet elle compte pour sa survie sur la frugalité et pas du tout sur sa capacité de compétition.

On ne fera pas de liqueur de gentiane avec ses racines. La voir simplement est déjà un défi. Généralement, dans sa vie elle produit en tout quatre feuilles, disposées en croix : quatre languettes vertes de un millimètre sur trois, plaquées sur le sol. Ensuite elle élève au-dessus du sol une tige qui culmine à 2 cm en moyenne (10 maximum) et dont le diamètre avoisine le quart de millimètre. Certaines plantes ont des noms mal adaptés, mais ce n’est pas le cas ici : elle est fluette pour de vrai. Pour finir on voit apparaître sa fleur, généralement sous la forme d’un jaune d’œuf ovale de 2 mm sur 1, ou bien très brièvement épanouie avec quatre pétales en croix. Ayant sans doute épuisé les ressources de son lopin de terre pauvre, elle sèche en portant sa petite capsule renfermant quelques graines. Je ne sais pas quel insecte la remarque et la visite pour la polliniser. Très souvent, ce type de plante petite et en population variable peut se féconder toute seule en cas de besoin, quand elle est seule et ignorée de tou.te.s.

Alors que Pascal décrit les primates de son espèce, c’est-à-dire les êtres humains, comme des « roseaux pensants », la cicendie fluette relève le défi d’être un cheveu autonome.

Pr. Jasmin

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